Forum RPG dans l'univers de Cherub
 

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 Aidan Shelby

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Aidan Shelby
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Messages : 48
Date d'inscription : 31/07/2016

Dossier de l'Agent
Age/Date de Naissance: 15 ans/ 26 mai
Statut: Agent Calme
Nombre de Missions: 9
Unknown

MessageSujet: Aidan Shelby   Dim 31 Juil - 19:07

Aidan Shelby
Informations générales

Nom : Shelby
Prénom : Aidan
Age d’arrivée à CHERUB : 12 ans
Date Naissance : 26 mai
Age au temps de cette fiche : 15 ans
Pourquoi il a attiré l’attention de CHERUB ? Le dossier d'Aidan n'était pas parfait quand il tomba dans les mains de CHERUB. L'adolescent avait indéniablement des qualités aux yeux de l'organisation. Il était vif et faisait preuve de capacités intellectuelles supérieures à la moyenne et surtout de très bonnes capacités d'analyses. Le jeune irlandais était également en bonne santé. De plus, il paraissait avoir un goût pour le danger. Cependant, dans son cas, ce côté aventureux était également un frein à son recrutement, puisqu'il l'avait mené à accepter de cambrioler avec son frère. Il fallait en savoir plus sur lui, sur sa psychologie. Heureusement pour Aidan, un rapport d'un agent de CHERUB a permis de lever le voile sur ces points et a joué en sa faveur.
Langues étrangères : Français -  Italien
Avatar : Rin Okumura, Ao no Exorcist
Son physique
  Aidan est assez grand pour son âge et espère bien continuer à prendre quelques centimètres. À l'approche de ses seize ans, il culmine à un mètre soixante-dix-huit, ce qui est loin de faire de lui un géant, un certain nombre de jeunes ont la même taille que lui, mais tout de même. Pour autant, l'adolescent n'est pas vraiment imposant. Grâce à l'entraînement régulier de CHERUB, il a pris du muscle et pourrait paraître assez trapu. Sauf que le développement de sa taille et de son tour de poitrine n’est pas tout à fait proportionnel. Il a donc côté gamin un peu trop vite monté en graine qui tend certes à s'estomper mais qui reste bien présent à côté de certains camarades de CHERUB fondus de sport et d'exercices de musculation.

Son style vestimentaire, en dehors de l'uniforme de CHERUB, vient contrebalancer légèrement cette impression. S'il s'habille de façon variée, on peut toutefois remarquer qu'il est légèrement influencé par l'esthétique punk, sans qu'il n'ose encore l'adopter complètement, comme tous les adolescents se cherchant. Aidan a aussi des réticences à s'intégrer complètement dans un style. Le dégoût des catégories. La peur de devenir semblable à d'autres. L'impression d'être trop transparent. Entre autres. L'irlandais porte souvent des jeans noirs, auxquels il rajoute de temps en temps une chaîne. À ses pieds, des doc Martens, mais aussi des Converses et des Reebook, ce qui est beaucoup moins punk, mais bon. Le confort, c'est important aussi. Souvent, pour parer ce sale temps anglais, un lourd et long manteau noir. Mais il adore aussi les vestes en jean.

L'impression laissée par le visage d'Aidan est d'abord liée au contraste entre ses cheveux noir coupé court et son teint quelque peu dévalé. Le teint d'un anglais qui ne passe autant de temps sous le soleil qu'il ne faudrait. Alors évidemment, chaque insomnie ou sommeil agité est immédiatement sanctionné par un nouveau contraste sur son visage. L'agent un nez et une bouche assez fins accompagnés d'os qui commencent à saillir à travers la perte progressive de ses traits d'enfants. Un visage fin mais marqué. À cela s'ajoute une cicatrice sur l'arcade sourcilière gauche, obtenue en mission. Quand il sourit et même parle, il aura le plaisir de vous montrer ses dents presque parfaitement alignées, grâce à un appareil fraîchement enlevé. Il a enfin des yeux d'un bleu très pâle, glacial. Et peu expressifs. Ni chaleur, ni froideur. On a l'impression qu'il est insondable. On peut mettre ce qu'on veut dans son regard, il ne bouge pas. Il faut s'appuyer sur autre chose pour le déchiffrer. Aidan, il a un regard de bluffer.


Son caractère
Au Campus, Aidan fait très attention à ses amis. Il s'est entouré depuis son arrivée de jeunes, et continue toujours à aller rencontrer des agents quand l'occasion se présente. Il recherche la compagnie de jeunes qui ont des passions similaires aux siennes, ou qui sont tout simplement sympathiques. L'irlandais a toujours peur de perdre ceux qu'il aime, d'une façon ou d'une autre. L'héritage de son passé, marqué par une absence, une perte et un éloignement. De plus, il n'avait pas beaucoup d'amis très proches avant son arrivée à CHERUB, ce qui les rend d'autant plus précieux à ses yeux. Il est donc très attentif à son entourage, soucieux de ne pas les blesser. Il est doué par sentir ce que les autres ressentent, deviner leurs réactions.

Aidan n'est pas pourtant un fêtard, un boute-en-train. Il aime être avec quelques amis à la fois, mais il n'apprécie pas les grandes réunions, les grandes embrassades. Les groupes où tout le monde doit toujours être ensemble. Il a un entourage fourni, il voit régulièrement tous ses amis en même temps, par exemple lors des repas, mais il préfère les moments à deux, trois personnes. Et surtout, il a aussi besoin d'indépendance. Il est dans les groupes, mais également en marge. Il livre beaucoup de choses à ses amis, par exemple sur ses goûts, sur sa vision du monde. Des choses qui comptent, mais qui sont extérieures à lui-même. Il ne va pas vraiment parler de lui, de ses problèmes ou interrogations quand elles se limitent à sa sphère personnelle. En ce sens, il est assez secret, difficile à déchiffrer.

Aidan ne se laisse pas marcher sur les pieds. Dès qu'il sent qu'un autre agent cherche à l'embêter ou à le déstabiliser, en l'insultant ou en lui créant des problèmes, d'une façon ou d'une autre, et plus encore depuis son retour d'Italie, il va agir pour avoir la paix. L'hostilité ne le dérange pas vraiment mais les attaques ouvertes le font fortement réagir. Il a la réputation de quelqu'un à qui  il ne  vaut mieux pas trop manquer de respect. Si, lorsqu'il était plus jeune, il se servait souvent de ses poings, ce n'est qu'en dernière instance qu'il ne fait usage de la violence physique aujourd'hui. Déjà, à CHERUB, ce n'est pas très judicieux et ensuite, il a compris et expérimenté le fait que l'intimidation verbale -et un peu physique- et des sarcasmes bien sentis étaient plus efficaces encore.

Et puis il faut bien le dire, il aime ça, les jeux verbaux. Il voit aussi ça un peu comme un jeu intellectuel. D'une manière générale, il aime les débats, les confrontations intellectuelles lui plaisent, car il les voit comme un moyen de progresser, d'affiner ses idées. L'adolescent aime argumenter, défendre des positions impossibles. Le genre de truc qui te procure une dose d'adrénaline. Au fond, il est joueur. Se sentir en danger pour finalement réussir à s'en sortir brillamment. Il est coutumier des légères impertinences ou insolences face à la hiérarchie, mais toujours de façon raisonnée, maîtrisée. Mais chez lui, cette tendance présente parfois des tendances plus perverses. Une fascination, quand il arrive à persuader les autres, jouer d'un rapport de force intellectuel pour faire passer mensonge en réalité. Une tendance à la manipulation. Et il n'hésite pas à en user en mission évidemment, mais aussi face à ceux qu'il ne supporte pas.

Au fond, comme tous les ados, il aime s'amuser. On lui propose d'aller dans un parc d'attractions ou sur un circuit de karting, il est ravi. Mais il a toujours un côté grave. Il n'est jamais dans une véritable euphorie.

Le jeune espion est également très lucide. Il ne se fait pas d'illusions sur ce que les autres pensent de lui, ou sur ce qu'ils sont et l'état de ses relations avec lui. Il sait aussi quand ce qu'il fait n'est pas parfait -et il faut bien le dire, ça arrive souvent, comme pour tout le monde- et beaucoup des choses qu'il fait lui laissent donc un goût d'insatisfaction. Il est extrêmement perfectionniste, il pousse toujours les choses le plus loin possible et est très attentif aux détails. Aidan ne supporte donc pas tout ce qu'il va considérer comme ressemblant de près ou de loin à un échec.

Enfin, Aidan a des goûts très marqués pour la littérature et à la philosophie. Évidemment par jeu intellectuel mais aussi, pour la sensation de la beauté, de la beauté, de l'écriture ou du raisonnement. Et puis forcément, cela nourrit son intérêt pour les intrigues et il a toujours l'impression d'apprendre quelque chose avec les personnages qui sont présentés. Mais d'une façon générale, il apprécie toutes les formes d'art. La musique et le cinéma lui plaisent beaucoup aussi. Il n'aime pas pour autant un genre de musique ou de films en particulier. Tout ce qui exprime quelque chose d'intéressant l'attire.


Son histoire

Lieu inconnu, mai 2010

Je me sentais comme dans un film, un long-métrage hollywoodien aux rebondissements à répétitions particulièrement mal amenés. Je me sentais comme un dans un de ces moments de bascule, lorsque le personnage, un lambda menant plus ou moins tranquillement sa barque, se met tout d’un coup à ramer. Rien ne va plus. Et là, il prend la décision. La décision qui le mène au fond du précipice J’aime ces instants où tout se joue. On ne se rend pas compte de la puissance de sa liberté. Cela dit, je n’étais pas non plus exactement comme dans ces films. L’opportunité qu’on m’offrait était censée être positive. La femme en face de moi, Zara Asker, assise à son bureau, en imposait. Parfaitement sérieuse, professionnelle, et en plus sympathique. Elle disait suffisamment de choses pour que je comprenne qu’elle ne me racontait pas n’importe quoi, et assez peu pour que si refusais, personne ne puisse me croire. Même si elle avait dû avoir bien d’autres gamins en face d’elle, cette maîtrise de la situation la rendait impressionnante. Je pesais le pour et le contre un instant, puis j’acceptais. Au fond, je n’avais plus rien à perdre. Elle me dit qu’il fallait maintenant que je passe quelques tests.

Un peu méfiant, je la suivis jusqu’à un dojo. Le bâtiment était assez joli et vraiment dans l’esprit japonais. Des briques rouges décoraient le bâtiment, des fleurs dégageaient des senteurs fraiches et exotiques. J’avais déjà été surpris de la richesse du campus en me réveillant. Je m’étais réveillé dans une chambre inconnue, relativement grande, à côté de laquelle se trouvait une salle de bain. La pièce paraissait presque neuve et plus propre encore qu’une chambre d’hôtel. Déjà, je ne m’étais pas senti comme dans un lieu ordinaire. Au pied du lit se trouvaient un pantalon de treillis, un t-shirt orange marqué d’un logo représentant un petit ange armé, des rangers et des sous-vêtements. Par la fenêtre, je pouvais voir que d’autres enfants et adolescents portaient également des t-shirts de couleur. J’essayais de trouver à quoi celles-ci correspondait, mais à part pour ceux portant des vêtements rouges et bleu ciels, qui semblaient être les plus jeunes, il était plus difficile de classer les autres. Pour me repérer, il fallait bien que je sorte de cette chambre. Lorsque je demandais des informations, tous me répondaient « je ne parle pas aux oranges », réponse passablement agaçante et déconcertante. Certains désignaient tout de même une direction. Sans aucun autre renseignement, je gardais mon calme en observant le plus possible les alentours et finis par arriver à proximité du bureau de Zara Asker.

Au dojo se trouvait une déjà une jeune fille, d’une dizaine d’année, en train de s’échauffer. Et elle me salua. Je compris immédiatement qu’elle devait avoir quelque chose à faire avec mon épreuve, puisque les autres n’étaient pas censés m’adresser la parole. La directrice expliqua ensuite que je devais la combattre. Je n’étais absolument pas familier des règles des sports de combats. Je ne connaissais aucun des codes. Parfois, j’avais été forcé de me battre, mais j’étais toujours avec mon frère pour couvrir mes arrières. Et pendant ces rixes, c’était l’anarchie totale, il n’y avait pas de règles. Je frappais juste le plus possible aux endroits les plus sensibles, j’utilisais les faiblesses des autres. Stratégie qui portait plus ou moins ses fruits.  Mais au fond, je n’étais pas un grand fan de sport. Je n’avais pas de problèmes physiques, mais je n’avais pas grand intérêt pour tout ça. Un peu stressé, je craignais de me retrouver tout de suite en situation d’échec et de rater les tests. J’acceptais malgré tout me prêter au jeu. J’observais mon adversaire. Elle était plus petite que moi alors que j’étais plus grand que la plupart des gens de mon âge, ce qui, je crois, devais me donner l’avantage d’une meilleure allonge. Par contre, elle avait l’air plutôt musclée et entraînée. Puis j’étais mal à l’aise, en plus de ça, à l’idée de blesser une fille plus jeune. Autant dire que je n’étais pas enthousiaste. Malgré tout, je me mis en position. Dès le début, elle commença à attaquer. J’essayais plutôt d’éviter et de parer ses coups, ce qui marchait en partie. J’évitais les frappes les plus fortes, mais je me prenais tout de même d’autres coups. Elle, elle me testait et paraissait tout à fait sûre d’elle. C’est seulement quand j’essayais de riposter qu’elle fit une sorte de prise et que je me retrouvais par terre, incapable de bouger. Elle était bien plus forte dans son genre que toutes les personnes avec qui je m’étais battu. Elle était très calme, très portée sur la technique et frappait avec violence et précision. Les autres étaient plutôt des tas de muscles sans cervelle, pour sortir un cliché. J’abandonnais la manche alors qu’elle exerçait une torsion très douloureuse. Au début de la deuxième manche, j’essayais de mieux observer ses mouvements pour trouver une faille. Mais je n’en trouvais pas. Et j’avais surtout l’impression qu’elle limitait sa force. Après m’être retrouvé une nouvelle fois par terre suie à un coup au niveau de la mâchoire, un sur la tempe et un coup de pied dans les côtés. Elle m’infligea cette fois une blessure douleur au niveau de la main, avec la menace de faire plus une autre fois. Je compris que je ne pouvais pas gagner. Ces échecs répétés m’énervaient, évidemment mais je ne voulais pas paraître puéril et m’acharner, quitte à paraître encore plus mauvais que je ne l’étais. Alors je me tournais vers Zara et j’abandonnais, en expliquant brièvement pour quelles raisons. Depuis le départ, il était impossible que je gagne ce combat. Ce n’était pas la peine que je me blesse alors qu’il restait d’autres tests.

Le test scolaire était en principe plus rassurant, mais cela faisait un moment que je n’avais pas suivi des cours avec assiduité. Pendant tout le temps de ma fugue avec mon frère, je n’avais pas mis les pieds à l’école. Et encore avant, lorsque j’étais à l’orphelinat, suivre un cours dans le calme était presque impossible. Je pris un instant pour me calmer avant de me lancer vite dans l’épreuve. Au début, tout était facile, je remplis très rapidement les premières pages, étonné. Ensuite, les choses devinrent plus compliquées, et je triais un peu les questions en surveillant l’heure. Il y avait certaines questions de maths qui faisaient appel à des connaissances dont je ne disposais pas. Je me concentrais alors sur tout ce qui faisait appel à la logique. En revanche, je m’en sortais plus facilement sur les questions plus littéraires où je me fiais beaucoup à mon intuition. Tout était une question de sensibilité et d’analyse. Je voulais en faire un maximum. A la fin, j’étais frustré et surtout pas totalement convaincu de ma réussite. Je fus ensuite emmené dans un bassin à l’autre bout du campus, où je dû plonger, pour chercher une brique  et la ramener sur l’autre bord. J’étais confiant quant à mes capacités en natation, alors j’y allais presque en me précipitant dans l’eau. Je découvris que l’épreuve restait quand même assez physique. Déjà, il fallait errer un peu sous l’eau, dans le bassin, pour trouver l’objet, et ensuite, il me fallut m’y reprendre à deux fois avant d’arriver à saisir la brique. Elle m’avait glissé des mains. Mais je finis par arriver, un peu fatigué, notamment à cause du combat qui rendait les mouvements plus douloureux que d’ordinaire, à déposer la brique. Je sortis dégoulinant de l’eau et attrapa une serviette avant de remettre la tenue réglementaire. Ensuite, une nouvelle promenade sur le campus nous attendait.

Zara me reconduisit vers la voiture de golf et me proposa de le conduire jusqu’au prochain lieu. Un peu surpris, j’acceptais, en me demandant si cela était une sorte de test aussi. J’avais vu comment ces engins marchaient, ce n’était pas très compliqué et on ne pouvait pas aller vite. Le trajet jusqu’au parcours aérien durait une bonne vingtaine de minutes. Ensuite, entouré de deux t-shirts bleu-marine, je montais sur les planches en hauteur. C’était haut, plus haut que je n’avais jamais été et les planches paraissaient humides. Motivé tant bien que mal, sous le regard mi- encourageant, mi-sévère des adolescents taillés comme des armoires à glace. Au fur et à mesure du parcours, je me rendis compte que j’avais déjà fait des acrobaties similaires pendant ma fugue. Je repris alors confiance et accéléra un peu, même si je n’étais franchement pas un grand coureur. Je sautais sans hésiter à la fin du parcours. C’est seulement pendant les quelques secondes que dura la chute que je me mis à stresser. Pour ce réceptionner, le bleu-marine avait roulé immédiatement sur le  côté, sans que je ne puisse vraiment voir comment. Et ça, je ne savais pas le faire. Je heurtais alors le sol des deux pieds avant de tomber tout de suite après. En me relevant, essoufflé et plein de traces de branches, je sentis une douleur au niveau de ma cheville. Zara m’informa qu’il ne me restait plus qu’une épreuve. Pour cela, elle me ramena au bâtiment principal et me plaça devant une cage dans laquelle gambadaient joyeusement deux lapins. Et elle me demanda de les tuer.

Immédiatement, je tournais la tête vers elle avec incrédulité. Quoi ? Pourquoi les tuer ? Quel était le but de cette histoire ? De voir si j’étais un peu psychopathe, ou simplement peu sensible à la vue du sang ? Devoir si j'étais capable de tuer? J’hésitais. Je regardais le lapin. Je me disais que je n’avais jamais mangé une de ces bêtes, et que je n’avais aucune envie de commencer. Et que je ne voyais pas pourquoi je ferais ça. Alors que la directrice réitérait sa demande, je refusais. Puis j’ajoutais avec une pointe d’humour que si cela avait été un lapin-garou carnivore, avec des crocs à la place des dents, les choses auraient été différentes. Elle m’indiqua ensuite que je pouvais retourner dans le bâtiment principal prendre une douche et me changer avant de la rejoindre dans son bureau. Bureau dans lequel elle m’offrit une place à CHERUB et m’expliqua les circonstances de mon recrutement. Ensuite, je fus ramené à mon orphelinat le temps de prendre une décision et de réunir mes affaires. Quelques jours plus tard, à douze ans, j’étais définitivement admis CHERUB.

Belfast, janvier 2010


« Allez, arrête de faire cette tête. Je sais, c’est dur ce qui t’es arrivé. Moi aussi, j’ai été dans cette situation. C’est insupportable au début Mais ensuite, tu parviens à vivre, à t’en sortir. Surtout, fais toi des amis et travaille bien à l’école, d’accord ? Mais tu sais, cette période de ma vie m’a tellement marquée que je suis revenu ici, pour travailler avec des enfants comme toi. Tu sais, Aidan, tu vas être bien ici. Il y a plein de gamins sympas. Bon, évidemment, il y en a d’autres qui ne tournent pas très bien, comme partout. T’inquiète. Tu vas te faire des copains. Ici, vous avez de la chance. Les bâtiments ne sont pas affreux, l’établissement a –grâce à dieu- un peu de moyens. Ceci dit, ne t’attend pas à un palace. C’est pas Eton non plus. Mais ce n’est pas pire que n’importe quel collège public avec un internat. Tu as déjà été en internat ? Tu verras, c’est sympa. On s’amuse bien. Au fait, tu vas partager ta chambre avec un autre garçon, il a ton âge à peu près. Peut-être un peu plus âgé. Oui, c’est ça, il doit avoir douze ans. Tu t’entends bien avec les autres de ton âge Aidan ? Tiens voilà la chambre. Ton roomie, comme vous dites les jeunes, n’est pas là, il est encore en cours. Voilà, tu peux t’installer. C’est joli, pas vrai ? »

Son babillage me saoule. La tête me tourne. Ta gueule, ta gueule. Tandis que je me disais ça, la voix de l’éducateur partait dans les aigus. Il tentait d’adopter le ton d’un moniteur de colonie de vacances. Le mec était sidérant. Il soliloquait dans son coin. Je ne pouvais pas en placer une, même si je n’en avais aucune envie. Enervé, je prenais congé du gars en grommelant. Je voulais qu’on me foute la paix. Cette chambre, je voulais la laminer. Et pourtant, j’y posais mon sac, je me posais sur le lit. Un lit qui n’était pas comme le mien. Plus raide, plus rêche, un peu déformé.

Dans la chambre aux murs blancs entachés de brun, je ne posais pas mes affaires. J’avais posé tout en vrac au pied de mon lit. On voyait que la chambre état occupée, des objets trainaient un peu partout. Le temps passa, alors que je ne faisais rien, les yeux dans le vague. Je ne ressentais plus de colère. Juste un vide. Comme si mes protestations quand le juge déclara que je ne vivrais pas avec mon frère, qui avait obtenu le statut de mineur émancipé avaient usé toutes mes forces. Je ne voyais que l’injustice de la décision et mon frère, Tyrone, qui approchait de ses dix-huit ans, aussi. Non, selon ce juge, c’était mieux pour moi d’aller dans un orphelinat, pour vivre dans un cadre plus stable. Il s’était montré sourd à tous nos arguments. J’étais arraché, déchiré. Je ressentais juste le vide, le vide de l’éloignement de mon frère et de la mort de ma mère.

Les dernières semaines avaient tout simplement été affreuses. Lors d’un contrôle médical de routine, lié à des sensations de fatigues, ma mère découvrit qu’elle avait plusieurs cellules cancéreuses. Et la maladie était déjà dans un stade avancé. Elle fut immédiatement hospitalisée. Je restais seul avec mon frère. On ne se quittait pas. On n’allait plus à l’école, ni l’un ni l’autre. Aucune envie et incapables de se concentrer sur autre chose. C’était comme un compte à rebours. Comme si dès le diagnostic, on savait qu’elle allait mourir, mais qu’on continuait à se leurrer. On n’espérait pas. Les médecins nous avaient dit que les cancers foudroyants, comme ils les appellent, sont extrêmement difficiles à traiter. Les chances de survie étaient extrêmement faibles. Deux semaines après, ils arrêtèrent le traitement. C’était inutile, il n’y avait aucun progrès. Et puis elle en souffrait trop. On passa nos derniers jours de fête ensemble à l’hôpital. Ces fêtes ne furent pas sinistres finalement. Malgré les néons pâles et grésillant. Malgré les draps blancs aseptisés. Malgré le labyrinthe de perfusions. On arrivait finalement à être joyeux, malgré tout. « J’aurais été heureuse de vivre encore un peu avec vous ». Le 28 décembre, elle entra dans un stade de pré-coma. Elle délirait, dérivait. Elle en sortit le 30 décembre, à la surprise de tout le personnel de l’hôpital. Elle était plus lucide, plus disposée à vivre que jamais. Le 2 janvier, bien qu’elle ne connaisse aucune rechute, elle mourut pendant la nuit.

Un jeune arriva dans la chambre, habillé d’un uniforme scolaire. L’éducateur de tout à l’heure l’accompagnait. Le gars nous présenta rapidement l’un à l’autre et demanda à l’autre garçon, Willy, de m’indiquer certaines choses. Puis il nous laissa. Willy n’était pas très grand, il était même plus petit que moi. Il avait des cheveux roux et des yeux verts cachés derrière de grosses lunettes colorées. La vraie caricature de l’irlandais. Il y avait quelque chose d’un peu étrange dans sa démarche, comme s’il était toujours sur le point de tomber ou de se cogner. Il regarda plusieurs fois son lit avant de s’asseoir prudemment dessus. Le pré adolescent lança la conversation avec un grand sourire et sans m’affliger d’avantage en me parlant de notre situation d’orphelins, il expliqua simplement que lui était là depuis deux ans. Il loua l’équipe d’éducateur et plaisanta un peu sur celui qui m’avait emmené ici, Jamie Brookes. Enfin, il me donna quelques informations sur le collège où nous étions tous deux inscrits. Avec surprise, il découvrit que nous étions dans la même classe. J’avais sauté une classe. Au milieu du Year 1, j’étais passé en Year 2. J’avais réussi sans difficulté le Key Stage 1 à la fin de l’année. J’avais appris à lire avec ma mère entre trois et quatre ans et les calculs très simples demandés ne m’avaient posé aucun problème.

Le lendemain, nous allâmes ensemble en classe. D’une école à une autre, c’était toujours la même chose. Des moments d’ennui extrême qui n’étaient pas lié aux choses enseignées, mais à la façon dont elles étaient enseignées. J’avais presque toujours des A dans les devoirs que je rendais ou les devoirs surveillés. Le problème était que je n’avais pas envie de refaire plusieurs fois la même chose. Alors il arrivait que je ne rende pas les travaux demandés, surtout dans les matières scientifiques. En littérature, je faisais plus d’efforts, au moins, les textes étaient à chaque fois différents, ce qui me motivait. Et puis surtout, je tentais de ne pas être trop dissipé tout de même, surtout pour conserver de bonnes relations avec ma mère. Elle avait une position très étrange par rapports aux obligations scolaires. Elle voulait absolument que moi et mon frère nous en sortions bien, pour avoir plus tard nos A-levels et faire nos études, mais elle n’était pas plus enthousiaste que nous face aux méthodes éducatives. Mais là, dans cette nouvelle école, j’étais encore moins motivé que d’habitude. Je n’écoutais que très vaguement en cours, trop occupé à penser aux derniers évènements. Les devoirs, je ne les faisais qu’à la dernière minute. De toute façon, cela ne m’empêchait pas de les réussir. Je passais la plus part de mon temps au collège avec Willy, qui n’avait, semblait-il, peu d’amis. Parfois, il me demandait de l’aide pour des exercices. Pendant ma première semaine à l’orphelinat, une pesante routine s’installa. Je voulais juste y échapper.

Le premier week-end, je partis voir mon frère. Il vint me chercher avec un petit scooter. Je montais derrière lui et il me passa son casque qui était, évidemment, trop grand pour moi. Je passais avec Tyrone les meilleurs moments de ma semaine. On alla au zoo, qu’on avait souvent visité, avant. On flânait dans les allées, en regardant assez distraitement les animaux, à l’exception de nos préférés. J’aimais beaucoup les pingouins qui me rappelaient mon Pokémon préféré, le starter de mon premier jeu.  

Sur un banc avec une glace. Pour moi, citron et menthe. Pour Tyrone, chocolat et marrons glacés. La texture des sorbets est réconfortante. Sur la langue, la glace se désintègre doucement en petits morceau. Des glaçons imprégnés de goût et d’odeur. Je mange mes boules une par une puis j’attrape la sauce restant au fond du pot. On n’avait pas pris de cornets, trop chers.

« Alors…. Est-ce qu’ils vont te faire adopter finalement ? »

C’était la question qui brûlait les lèvres de Tyrone depuis notre départ. Il s’inquiétait et était gêné. Ses pieds dessinaient un cercle sur le sol poussiéreux et il regardait ses veilles chaussures de skate. Il en avait reçu de nouvelles pour Noël mais il n’osait pas les mettre. Il s’était promis de ne les mettre que dans de grandes occasions pour ne pas les user. Et puis, tout cela lui rappelait de mauvais souvenir.

« Non. Ils essayent de contacter papa.
-Pff… Bon courage ! »

On éclate de rire tous les deux. Cela faisait dix ans que nous n’avions plus de contacts avec lui. Il n’avait jamais, jamais donné signe de vie. Je n’ai presqu’aucun souvenir de lui. Pour Tyrone, c’était différent. Il avait sept ans quand il était parti avec son air de héros martyr. Il avait longtemps espéré qu’il revienne, qu’il continue à lui souhaiter son anniversaire, qu’il soit là pendant les fêtes. Même sans le voir tous les jours. Ou alors, le voir pendant les vacances, comme les enfants de divorcés. Même si nos parents n’avaient jamais vraiment divorcé. Puis maintenant, il est un peu en colère, mais surtout indifférent. Parler de lui ou parler d’un fantôme, c’était pareil. Sauf que le fantôme était encore plus tangible.

« Qu’est-ce qu’il nous avait raconté déjà, pour qu’il parte d’un coup sans que personne ne lui en veuille ? On le plaignait, j’crois.
-Bah tu sais, il faisait partie du Sinn Feinn avant que l’IRA provisoire rende les armes. A un moment donné, la police avait enquêté sur lui, parce qu’ils pensaient qu’il jouait les entremetteurs dans des trafics d’armes ou quelque chose comme ça. Je me souviens plus trop non plus, tu sais. Mais nous, il ne nous a pas dit ça quand il a foutu le camp. Il a juste dit qu’il était persécuté à tort et qu’il devait s’en aller pour nous protéger et pour ne pas passer sa vie en prison.
-Le martyr irlandais… Je parie qu’il a pris une fausse identité avec une autre nationalité. »

Même si on se moquait de lui, on était amer. L’IRA, tout ça, laissait tout le monde amer, blasé. On ne savait plus quoi en penser. Mon frère et moi étions comme des centaines et des centaines d’irlandais. J’avais de la sympathie pour la cause défendue, pour ceux qui avait vraiment souffert dans cette lutte. Je me rappelais des grèves de la faim en prison, le traitement ignoble des prisonniers, les combats violents. Je comprenais totalement le désir d’émancipation des irlandais, le désir d’être un seul peuple et de se séparer des anglais. Oui, la cause me paraissait juste. Mais les déferlements de violences, les conséquences de cette guerre me lassaient comme assommé. Il y avait beaucoup trop d’absurdités dans tout cela.

« Au fond, je suis content de ça. Je ne veux pas être adopté et faire semblant d’être membre d’une nouvelle famille, c’est trop hypocrite. Je ne veux pas qu’on soit séparé par ça. J’ai déjà ma famille. »

Il ne répondit rien mais passa sa main sur mon épaule pour m’attirer brièvement contre lui, façon grand-frère protecteur. On ne savait pas où on allait, mais au moins, on était deux.

Retour à l’orphelinat, routine.  Evidemment, personne n’était arrivé à obtenir des nouvelles de mon père, mais ils ne désespéraient pas d’y arriver. Les pauvres. Ils avaient encore la naïveté.  A l’école, je ne faisais pas partie des plus forts. J’étais relativement grand, mais pas franchement trapu. Malgré ça, je ne supportais pas qu’on me cherche des emmerdes. Qu’ils se fichent un peu de moi dans la cour, ça ne me dérangeait pas trop. Dès que ça devenait systématique où qu’ils touchaient un point sensible chez moi, j’explosais. Je me battais. Même si j’étais seul et eux plusieurs, même si je n’étais pas le plus fort. Alors forcément, je me prenais un certain nombre de coups. J’avais presque toujours des bleus quelque part. Et puis j’étais collé. Mais ça je m’en fichais. Personne à qui je tenais n’était là pour me faire des reproches et je n’étais pas pressé de retourner dans ma chambre à l’orphelinat. Même si Willy venait toujours s’enquérir avec inquiétude, mais également avec la satisfaction d’un voyeur de ce qui m’était arrivé.

Un jour, je finis par sécher. Je quittais l’établissement au milieu de tous les élèves externes à l’heure du déjeuner. Les surveillants étaient des étudiants venus pour se faire un peu d’argent. Ils ne connaissaient pas tous les élèves et ils étaient laxistes sur les allées-venues des élèves. Surtout que les plus âgés partaient parfois une dizaine de minutes pour fumer une cigarette. Je sortis dans la rue, pensant juste prendre l’air au lieu d’aller à la cantine. Je n’avais pas faim. Je me mis à traîner dans un square où je retrouvais parfois mon frère et j’observais tous ceux qui passaient devant moi. Des joggers à l’air épuisés qui suivaient tous le même parcours. Ils regardaient de temps leurs montres pour évaluer leur temps. Des familles avec des enfants en bas-âge. Quelques ados. Un couple de cadres dynamiques, en costume cravate et tailleur. Je sortis dans les rues, sans but en tête. Sauf que quand vint l’heure de rentrer en classe, je n’en ressentais absolument aucune envie. J’approchais d’une bouche de métro et je sentis d’un seul coup mon cœur battre plus vite. Je vis que le prochain train pour le centre-ville arrivait dans moins d’une minute. Je ne l’avais pas, je rentrerais. Je me mis à courir. Je ne pris même pas de tiquet, je sautais par-dessus le tourniquais. Je bousculais les passants. Comme si ma vie en dépendait. Je me jetais dans le train juste avant la fermeture des portes.

Le week-end suivant. Je retrouvais mon frère.

« Eh, j’ai une surprise pour toi.

-Ah ? Tu m’as acheté un jeu vidéo ? Tu sais, c’était pas la peine. J’ai suffisamment d’argent pour ça.

-T’y es pas du tout. Allez devine.

-Euh… Tu as gagné au loto, dit-il avant d’éclater de rire.

-Tu me tues.

- Attends, je réfléchis.

- J’ai obtenu l’autorisation de passer tout le week-end chez toi. Il faut juste que je rentre à l’école lundi matin ».

Cette déclaration fut suivie d’une exclamation de joie, typique des adolescents. On se regardait avec de grands sourires. Pourtant, au fond de moi, je me sentais un peu gêné. Car ce que je venais de dire, c’était un mensonge, mû par un besoin irrépressible. Le besoin de me tirer de là. Tyrone reprit ensuite son sérieux. Il enroula les ficelles de son sweat-shirt autour de l’index de sa main droite et se redressa contre le banc. Il ne me regardait plus, fixant son regard sur les arbres au loin. C’était la position qu’il adoptait quand il était tendu, stressé. Je l’avais déjà vu comme ça avant de passer devant le juge, pendant que notre mère était à l’hôpital, avant qu’il ne passe ses examens.

« Tu sais, moi aussi j’ai quelque chose à te dire. »

Je ne dis rien, pour l’encourager à poursuivre. Pour ne pas l’inciter à changer d’avis. Il attirait mon attention. J’avais peur que Tyrone me dise qu’il allait s’en aller, qu’il allait déménager dans une autre ville. Il avait presque l’air coupable. Du coup, je me mis à bouger sur mon banc. Le stress de mon frère était communicatif.

« Ce soir, j’ai l’opportunité d’avoir un job qui me permettra d’avoir mon propre appartement, d’être totalement autonome. On aurait beaucoup plus de chances vivre ensemble s’ils voient que j’ai suffisamment de ressources financières. Simplement, je ne peux pas le faire seul. J’ai besoin de toi, de quelqu’un de ton âge.

-Qu’est-ce que tu veux dire exactement ? On n’a pas besoin de gamins comme moi pour un job normal. On ne voudrait même pas m’embaucher, je suis trop jeune.

-Oui… En fait, ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle une combine légale.

-Alors pourquoi tu dis que ça nous permettrait de vivre ensemble ? Les gens des services sociaux verront bien qu’au fond tu n’as pas de vrai travail. Ils se rendront compte qu’il y a quelque chose de louche. »

Tyrone observa un silence coupable alors que je nageais dans l’incompréhension. Pendant la conversation, il avait commencé à me regarder, droit dans les yeux, comme pour mieux me persuader. Maintenant, il dérivait à nouveau vers la droite, en regardant un point situé entre sa chaussure droite et le pied du banc.

« Mais je vais trouver aussi un travail, ne t’inquiète pas. Simplement, tout ce qu’on me propose est si mal payé, reprit-il, que je n’arriverais jamais à montrer que j’ai des ressources financière. Si on respecte exactement les lois, on ne s’en sortira pas. Tu resteras dans l’orphelinat. Ce qu’on nous vole, il faut le reconquérir par la force.

-D’accord, j’ai envie d’être avec toi aussi. Tout est mieux que l’orphelinat. A part les centres éducatifs fermés. Et c’est ce qui va m’arriver si on se lance là-dedans. Et toi, tu iras en prison, opposais-je. Ou alors tu vas fuir, comme papa, et je ne te reverrais pas. »

Au fond, je ne demandais qu’à me laisser persuader. Si ce que Tyrone me proposait n’était pas extrêmement dangereux et pas trop condamnable d’un point moral. Je ne voulais pas participer à un trafic de drogue. Je ne voulais surtout pas transporter des armes. Mais quelque chose qui pouvait renforcer ma complicité avec mon frère, qui pourrait me donner plus de chances de vivre avec lui, je savais que je ne pourrais pas le refuser. Je protestais un peu, mais presque plus pour la forme qu’avec une réelle conviction. Je savais que je ne devrais pas faire ça. Que je risquais de m’enfoncer petit à petit dans le crime. Mais je me disais que d’agir illégalement une fois n’engagerait pas ma vie entière.

« Non, ça n’arrivera pas ! J’ai tout étudié, c’est vraiment super facile comme travail. Tout est parfaitement sécurisé, je sais exactement ce qu’il faut faire. Ecoute, si tu ne le dis à personne, même si tu refuses, je te dis de quoi il s’agit.

-Vas-y.

-Ok. Alors il faut que je m’introduise dans une maison en périphérie. Les gens qui habitent là-bas sont vraiment très riches. Cette maison, c’est un manoir. Sauf que c’est un vieux manoir. Et les propriétaires ne sont pas très portés sur la surveillance électronique.

-Tu veux dire que ce serait facile d’y entrer ? Et ils ne paient personne pour assurer la sécurité ? Il n’y a pas de vigiles ?

-Non, tu sais, ce n’est pas si courant d’avoir des gardes pour des propriétés privées. Du personnel, ça d’accord, il y en a. »

Il avait l’air de répéter une leçon apprise par cœur.

« Alors pourquoi tu ne peux pas y aller tout seul si c’est si facile ?

-Je peux presque tout faire tout seul. Presque. Simplement, pour avoir encore moins de risques d’être pris, je ne peux pas passer en fracassant une fenêtre ou en enfonçant la porte. D’ailleurs, ceux qui me proposent ce job ne me le donneraient pas si je faisais ça. Alors j’ai besoin que tu passes par un conduit d’aération. Tu vas passer sans problème, c’est pas dangereux et tu es fin. Tu pourras ensuite m’ouvrir par une fenêtre.

-Il faut qu’on prenne des gants pour ne pas laisser d’empreintes. Il faut faire ça quand ?

-Ce soir. Tu vas voir, j’ai tout prévu. J’ai tout ce qu’il faut pour te faire passer.

-Et qu’est-ce qu’on cherche exactement ?

-Une sorte de médaillon. J’te montrerais une photo sur internet. »

Quelques heures plus tard. Tout était fini et surtout, nous n’avions rencontré absolument aucun problème. Au point que cela nous paraisse louche. Avant de ramper dans le large conduit permettant la ventilation, je sentis l’excitation, l’adrénaline monter. Mais je n’avais pas peur. J’avais même hâte de me lancer dans l’aventure. J’ouvris la fenêtre à mon frère, qui passa sans difficultés. La recherche de l’objet rare prit cependant plus de temps. La maison était grande et il avait fallu fouiller de nombreuses pièces avant de mettre la main dessus. Tyrone l’avait trouvé. De mon côté, j’avais trouvé une petite pierre précieuse bleue qui me plut énormément et sans vraiment réfléchir, je la rangeais dans ma poche. Une fois sorti, mon frère frappa l’air de ses poings comme s’il réglait ses comptes avec le destin.

Belfast, février-mars 2010

Comme depuis un peu plus d’un mois maintenant, je me réveillais sur un vieux matelas posé à même le sol. Je repoussais mes draps et constatais que mon frère, qui dormait sur un canapé juste à côté, était encore endormi. D’habitude, il se réveillait avant moi. J’étais, et je suis d’ailleurs toujours, un gros dormeur. Je n’ai pas besoin de dormir pendant des heures pour me sentir en forme, pourtant, je passe toujours plus de temps que nécessaire étendu, dans le noir. Je somnole, entre le rêve et la réalité. Je suis à moitié conscient de ce qui se passe autour de moi mais cette sensation d’éveil et supplanté par des visions incontrôlables. Mon frère était donc allongé, entourant sa couette de ses bras, comme s’il s’agissait d’un objet précieux. Il dormait comme dans les films, les draps ne remontant pas plus haut que ses aisselles. Moi, je remontais toujours ma couette jusqu’à mes oreilles. Je me doutais que s’il était toujours endormi, c’est qu’il avait participé à un nouveau cambriolage, avec les gens de son groupe.

Parfois, ils me demandaient mon aide, quand comme pour la première fois, ils avaient besoin de quelqu’un de plus petit et de plus fin. Mon frère essayait d’éviter au maximum ces situations. Il avait peur que je finisse dans un centre pour délinquant juvénile. C’était ceci dit déjà arrivé cinq fois. Je crois qu’il culpabilisait et qu’il s’efforçait d’être plus protecteur. Tous les deux, on savait que ce qu’on faisait n’avait rien de raisonnable. Quand j’étais rentré à l’orphelinat après le week-end de fugue, les responsables m’avaient pressé de questions. J’avais joué le numéro de l’enfant éploré. Je m’appuyais sur la vérité, mon désir de passer beaucoup plus de temps avec mon frère, d’être avec lui. Ils ne s’étaient pas montrés sévères. Certes, ils m’avaient fait des reproches et ils m’avaient puni. Mais je crois qu’au fond, ils avaient un peu pitié de moi. Et puis je n’avais pas manqué d’heures de cours. Mes explications leur parurent suffisantes et ils ne poussèrent pas plus loin. Ils m’indiquèrent simplement que ce genre d’actions risquait de me porter préjudice quand il s’agirait de vivre vraiment avec mon frère.

Mais tout ça ne m’a pas empêché de foutre le camp. Entre le premier cambriolage et le début de ma fugue, je ne faisais pas de vagues pendant les cours et à l’orphelinat, juste pour donner l’impression que tout allait bien, que je m’habituais à cette situation. En fait, c’était juste un alibi pour m’éclipser plus facilement, les nuits où mon frère avait besoin de moi, sans attirer les soupçons. J’avais la chance d’avoir une chambre au rez-de-chaussée. Je n’avais qu’à ouvrir discrètement la fenêtre et la laisser entrouverte pour revenir. Une fois, j’avais été coincé. J’avais été obligé de réveiller Willy et de lui servir une excuse. Mais Willy était sympa. Il ne m’avait pas dénoncé. A chaque fois, je parlais avec mon frère. Et c’est une fois, après un vol de nuit, que je lui faisais part de mon projet de ne pas revenir à l’orphelinat. J’avais réussi à le convaincre.

J'entrais, comme chaque matin, dans la cuisine pour prendre mon petit déjeuner. J'entrouvris la porte de l'ami de mon frère chez qui on squattait. Il dormait aussi. Il volait, comme mon frère. C'est grâce à lui que la police de m'avait pas retrouvé lorsque la police avait signalé ma disparition. Car évidemment, ils avaient prévenu la police. Les poulets avaient fait un peu d'efforts, même si mon cas n'était pas une priorité. Ils étaient allés voir mon frère à son travail officiel et l'avaient interrogé sur moi. Mon frère dit comme s'il ne savait rien, et les enquêteurs l'avaient cru. En fait, je pense que ne me voyant pas revenir, ils s'étaient intéressés à l'hypothèse du suicide. Les suicides explosaient, surtout sur les jeunes. Le poids de la lutte avortée, disaient les journaux et les analystes. L'hypothèse ne paraissait pas improbable.

L'appartement dans lequel on vivait était petit, en mauvais état. C'était un deux-pièces à peine aménagé dans lequel traînait de l'argent liquide acquis illégalement. C'était surtout un appartement sous-loué par le copain de mon frère. Le vrai bail de location appartenait à sa grand-mère. Le loyer était donc réduit. Alors le jeune délinquant remboursait le bail à sa grand-mère sans qu'elle ne se soucie de la provenance de l'argent et elle acceptait ainsi de payer pour cet appartement qu'elle n'utilisait jamais. Ainsi, personne ne se mit en tête de fouiller ce logement pour me retrouver.

J'évitais de sortir longtemps en journée dans le quartier. Une fois, un commerçant s'était posé des questions à mon sujet après m'a avoir vu traîner plusieurs fois devant sa boutique un jour d'école. Je traversais rapidement les rues piétinées avec une capuche pour errer dans les rues un peu désertes, parfois avec mon frère. Là où les collégiens qui se prenaient pour des petits durs venaient agresser les autres, pavanant. Ils avaient plus ou moins le même âge que moi. Souvent, on s'envoyait des amabilités. Parfois, on échangeait quelques coups, mais ça ne durait pas très longtemps. Il ne s'acharnait pas contre moi, je ne ressemblais pas à une victime. J'avais suffisamment de ressources pour qu'ils me respectent. Après un combat en un contre un contre un jeune du groupe, ils en étaient presque à me laisser aller avec eux, de temps en temps. Mais je m'ennuyais un peu, et on n'avait pas grand-chose en commun.

Une fois, il était arrivé quelque chose de plus embêtant. On marchait avec mon frère et son ami, on rentrait du cinéma. On avait vu Shutter Island, de Scorsese et on avait tous les trois adoré. Alors qu'on échangeait notre avis sur le film, en approchant de l'appart, on tomba sur une bande de dealers à qui le pote de Tyrone devait de l'argent. Et ils s'étaient mis dans la tête de le reprendre.

Pendant que je mangeais, Tyrone se pointa, l'air complètement épuisé, il avait un hématome sur le menton. Comme je le regardais bizarrement, il raconta s'être blessé en tombant, alors qu'il voulait escalader une grille barbelée. Puis il s'assit en face de moi. Ce qu'il faisait toujours quand il avait quelque chose à me demander.

"Je dois aller quelque part ce soir.

-T'es déjà allé hier. Tu fais beaucoup de trucs en ce moment. Est-ce que tu as vraiment un plan? lui demandais-je, entre l'inquiétude et l'agacement.

-Mais oui! Écoute, j'ai besoin de toi.

-Pour te faire rentrer, comme d'habitude?

-Oui, mais pas exactement comme d'habitude. J'ai besoin que tu sois avec moi d'un bout à l'autre. Mais il n'y aura que toi et moi.

-Ok. Tu veux dire quoi par, pas comme d'habitude?

-Les gens que l'on va voler, ils seront sur place."

J'avais protesté, arguant que c'était trop risqué, qu'ils pouvaient appeler la police. Que je ne voyais pas pourquoi je m'infiltrerais dans une maison avec des gens. Que je ne voulais pas les blesser. Tyrone argumenta dans l'autre sens. Argumentation concessive. D'accord, c'est dangereux. Mais que tout allait bien se passer, qu'il pouvait gérer. J'avais confiance en lui, non? On avait discuté de ça pendant un moment. Finalement, j'avais accepté de le faire, sans tellement savoir pourquoi.

Je tapais à la porte. Numéro de l'enfant éploré. Prédateur à l'extérieur. Demande pour les toilettes. Crochet par la chambre. Glisser l'œuvre d'art sous mon pull, avec son emballage. Jouer la comédie. S'en aller. Retrouver Tyrone, partagé entre la fierté et la honte. Je réalisais soudainement que ce que je faisais, depuis le début, avec Ty', était un crime. Et j'aimais ça tout autant que je me détestais à ce moment. C'était crime, mais un crime qui ne me semblait pas si terrible que ça. Dans un sens, on pouvait presque le défendre moralement. Presque.

On continua comme ça encore un moment. Mon uniforme scolaire était devenu trop petit. Je ne savais pas où me mettre, entre l'exaltation et une sorte de culpabilité que j'essayais de combattre. J'admirais certains criminels tout autant que j'en méprisais d'autres. Je ne savais pas de quel groupe je faisais partie.

J'ai dit que j'aime les moments de bascule dans les films. Dans la vie, c'est un peu différent, ça dépend. Le petit bonhomme qui mène sa barque, dans notre histoire, à mon frère et à moi, est soudainement attiré par un siphon. Rien à faire, il ne peut plus s'en extirper. Il s'en est rendu compte trop tard. C'est fini. Cela fait un moment que le moment de bascule est passé. Plusieurs mois. Quand on bascule, au début, c'est si lentement qu'on ne s'en rend pas compte. C'est ensuite seulement que tout accélère.

Mon frère ne rentra pas après un vol. Au départ, je m'étais dit qu'il n'allait pas tarder à revenir. Peut-être qu'il était parti tôt dans la matinée, ou peut-être même qu'il était chez une fille. J'attendis un peu avant de m'inquiéter et de lui envoyer un sms. J'en envoyais un également au copain de Ty'. Peut-être qu'il savait quelque chose. Je passais encore quelques heures seul, sans aucune réponse quand finalement la porte s'ouvrit et l'ami de mon frère, à bout de souffle, s'engouffra à l'intérieur de l'appartement. Et il m'expliqua que mon frère était en prison. Il s'était fait prendre, sur place, avec un autre voleur. Et quelques jours après, comme je le saurais plus tard, des dizaines d'autres se firent tous arrêter. Une soudaine arrestation, dans toute la ville, de dizaines de gens. Je passais quelques heures dans une panique intense, me posant des questions sur tout. Sur ce que j'allais faire. Sur mon frère en prison. Est-ce qu'il allait y rester ? Pour combien de temps? Notre "coloc" avait échappé presque par miracle aux arrestations, d'après le récit qu'il m'en a fait. Puis il m'incita à boire un verre d'eau et peu de temps après je m'endormis. Pour me réveiller à CHERUB. Le jeune homme qui partageait notre vie depuis plusieurs mois était un agent, enquêtant sur un trafic de drogue et qui avait découvert à quoi servaient les petites affaires de mon frère, avant même que je ne commence à y participer. Les objets volaient servaient de garantie dans des gros échanges de drogues, dont mon frère ignorait tout, ou presque. Il s'était donc rapproché de Ty pour obtenir des informations sur cette partie du réseau. J'avais hésité en apprenant ça, à entrer à CHERUB. Mais Zara m'expliqua que l'arrestation de mon frère, et surtout sa peine de prison très sévère -il ne sortirait pas avant ma majorité- n'était pas prévue par CHERUB. Sinon, ils auraient pu décider de m'arrêter moi-même également. Ils souhaitaient originellement que Ty puisse jouer le rôle d'un témoin à charge, ce qui aurait considérablement réduit sa peine. L'opération de police avait été un véritable hasard et avait même précipité de quelques jours la fin de la mission. Ses explications étaient tout à fait convaincantes, et quand j'en parlais, un peu plus tard, avec l'agent qui m'avait recruté, il me confirma cette version des faits sans hésiter. Alors j'acceptais d'entrer à CHERUB, surtout parce que je n'avais pas de meilleure alternative.

Derrière l’écran
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Comment nous as-tu connus ? Par une recherche google ^^
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MessageSujet: Re: Aidan Shelby   Jeu 4 Aoû - 10:31

Aidan Shelby


Suite de l'Histoire


Campus de CHERUB, camp d'entraînement

Traverser le parcours du combattant, n'était, en soi, pas si compliqué. Nous -les recrues- l'avions tous fait et réussi des dizaines de fois depuis le début de cette session. La répétition, la fatigue et la chaleur et les moustiques qui nous harcelaient rendaient déjà les choses un peu plus compliquées. La difficulté s’accroissait encore davantage lorsque l'on devait trimbaler avec soi un gros sac lesté sur lequel un personnage était grossièrement dessiné. Qui représentait un civil que nous devions protéger, en le menant jusqu'au bout du parcours du combattant.

Le souci, et mon partenaire et moi l'avions déjà expérimenté à deux reprises, c'était que ce civil était extrêmement fragile. A chaque fois qu'il était pris dans des branches, le tissu se déchirait et le garnissage du tissu s'échappait. Et à ce moment-là, bien sûr, nous savions que nous avions échoué l'exercice. Mais les choses ne s'arrêtaient pas là. Nous devions malgré tout arriver jusqu'au bout du parcours, en continuant à faire attention à l'état de notre bonhomme. Car à l'arrivée, les instructeurs nous ordonnaient de faire des pompes.

Le nombre de pompes à effectuer n'était pas dû au hasard mais bien à notre bonhomme. A notre arrivée, le mannequin était pesé et nous devions faire autant de pompes que le poids perdu. La première fois, nous avions du faire vingt-quatre pompes. La deuxième, dix-sept. D'autres s'en sortaient encore moins bien et avaient dû faire trente-deux pompes chacun.

Aïcha était ma partenaire depuis quatre jours seulement. Son binôme s'était cassé la cheville lors d'une chute sur le parcours du combattant. Le mien, Tim, avait jeté l'éponge au bout vingtième jour après une blessure au pouce. La blessure en elle-même n'était pas problématique au point de le forcer à l'abandon, mais il n'avait pas supporté la douleur en plus de la fatigue physique et psychologique. Il venait d'avoir fêté ses dix ans et n'était finalement pas encore prêt pour le programme. J'avais été un peu ébranlé par son départ, en me demandant si ce n'était pas un peu de ma faute. Nous étions maintenant six recrues.

Même si nous n'étions pas en binôme depuis très longtemps, je savais quels étaient les points forts et les points faibles de ma partenaire, et réciproquement. Au fond, lors du PEI, on avait tout le loisir de s'observer les uns et les autres pendant les exercices. En comparant nos réussites et nos difficultés mutuelles, on pouvait tenter de s'aider. C'était comme ça qu'on avait le plus de chance de réussir. Je m'étais beaucoup attaché à mes camarades de PEI, même si je n'avais pas grand chose en commun avec certains. J'avais besoin de me sentir entouré depuis que mon frère était en prison. Pour compenser un peu, même si ce n'était pas la même chose. J'avais toujours peur de les perdre d'une façon ou d'une autre, en les blessant ou en les voyant quitter le programme.

"MONSIEUR SMITH ET MONSIEUR DAVE! QUELLE EST VOTRE EXCUSE POUR CETTE PERFORMANCE MINABLE? AVEC CETTE LENTEUR INDICIBLE, ON AURAIT PU AU MOINS PENSER QUE VOUS FAISIEZ ATTENTION A VOTRE CHARGEMENT! VOUS N'ÊTES QUE DES INCAPABLES! DES MORVES D'AGENTS! CREUSEZ VOTRE PROPRE TOMBE!"

Doux son quotidien. Quand Tudor, l'instructeur en chef se mettait à gueuler, on entendait sa voix résonner sur tout le parcours. Et il ne se fatiguait jamais. Sa voix était parfaitement placée. Pas un moment où elle ne tremblotait. Pas un moment où il paraissait devoir reprendre son souffle.

Du coup, en entendant ça, Aïcha et moi, on échangea un regard. On savait qu'une mauvaise soirée se préparait. Quand une équipe devait "creuser sa propre tombe", une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les autres réussissent, les instructeurs étaient d'humeur massacrante. La dernière fois, on avait eu droit à un une absence de repas et une séance de musculation nocturne. Ce n'était pas le pire de ce qui pouvait nous arriver, mais ça avait de quoi nous miner le moral.

On s'était concertés. De notre point de vue, c'était impossible de réussir l'exercice en faisant comme d'habitude, juste allant plus doucement.Et c'était pour ça qu'on était mis en binôme d'ailleurs. Il fallait toujours s'en souvenir. Alors avec Aïcha, on avait décidé de se jongler avec les sacs. Dans les obstacles délicats, on s'arrêtait, celui qui était derrière gardait les deux bonshommes, celui de devant passait puis récupérait le chargement pour que l'autre puisse franchir à son tour l'obstacle. On s'en sortait comme ça. Parfois, il fallait protéger le sac avec son corps, quitte avoir quelques écorchures.

L'exercice n'était en soi pas dénué d'intérêt, même si lorsqu'on doit le faire, ça ressemble juste à une "torture" supplémentaire de ces instructeurs à l'esprit décidément bien compliqué. Malgré tout, on travaillait l'endurance, l'agilité, l'esprit d'équipe.

Dernier obstacle, le saut Les choses devenaient un peu plus compliquées. Jusque-là, nous n'avions pas eu l'occasion de devoir le franchir avec des sacs intacts alors nous n'avions pas trop réfléchi à une stratégie. Il y avait tant de branches que le tout paraissait infaisable. La probabilité de réussir était finalement très faible. Finalement, nous décidâmes que je sauterais d'abord, son sac. Ensuite, qu'Aïcha, qui était plus adroite, essayerait de les lâcher de la façon la plus sûre possible, en essayant de suivre un trajet très précis avant de me rejoindre. Et je devais récupérer les sacs.

Grand moment de stress pour nous deux qui s'était finalement soldé par... une demie-réussite. L'un des sac était arrivé intact. L'autre avait frotté légèrement une branche. On examina celui-ci. Peut-être que les instructeurs ne le verraient pas. Il n'y avait pas eu de déchirure. Mais il y avait quand même une trace. On alla vers les instructeurs, incertains. Ce fut l'un des assistants qui regarda notre chargement, Tudor était trop occupé à malmener les deux recrues qui creusaient leur propre tombe pour daigner de nous jeter un oeil. Peut-être que ce fût grâce à ça, mais notre parcours fut validé.

Ce n'est pas pour autant que nous avions été autorisés à nous reposer. Non, il fallait encore faire des exercices physiques en attendant que les autres. Mais c'était déjà beaucoup moins éprouvant.


Nous passions ensuite à un entraînement d'arts martiaux. A mon arrivée sur le campus, j'avais choisi d'apprendre le krav-maga, un sport de combat centré sur l'efficacité dont la sobriété m'attirait et la boxe. En fait, je n'étais pas forcément bien taillé pour la boxe, mais je ne me sentais pas capable d'apprendre des arts martiaux aussi codifiés que le karaté et l'aïkido. Le krav-maga était un condensé de techniques efficaces et la boxe me permettait de développer ma vitesse et mon agilité.

Les heures d'entraînement au combat rapproché ne me réjouissaient pas spécialement. En fait, c'étaient même les heures les plus difficiles à mon goût. Lors des premiers jours, lorsque j'étais encore en binôme avec Tim, je m'en sortais surtout grâce au fait qu'il venait d'arriver également. J'étais donc un peu plus habitué à me battre que lui. Sans compter que j'étais plus grand et plus résistant. Les choses étaient déjà un peu plus compliquées lors des entraînements collectifs où chaque recrue avaient à s'affronter.

Il y avait un certain nombre de bleu-ciel qui avaient arboré longtemps et fièrement un t-shirt rouge avant de se lancer dans le PEI. Alors ceux-là étaient incontestablement les meilleurs. Ils étaient plus forts et ils avaient une bien meilleure technique. Du fait de leur habitude à pratiquer les arts martiaux, ils progressaient également beaucoup plus facilement que nous, les autres. Malheureusement pour moi, Aïcha était de ceux-là. Petite chose à l'apparence si fragile qui pouvait vous briser les membres d'un coup. Et non seulement elle était entraînée, mais elle était également considérée comme particulièrement douée dans cette discipline. Alors j'apprenais pas mal de choses en l'observant, tout autant que j'apprenais à encaisser les coups.

Mais le pire avait été quand j'avais été seul. Les recrues s'entraînaient en binôme, alors souvent, on dépêchait un assistant au t-shirt bleu-marine pour être mon sparring-partner. Et autant vous dire que c'était douloureux.

Ce qui était dur au PEI, c'était la longueur des journées. Des journées longues, sans moments de répit. Même la nuit, les ombres des instructeurs se glissaient dans les dortoirs pour préparer des sales coups. Et puis, on sait que ce sera toujours pareil pendant des dizaines et des dizaines de jours. En fait, on avait presque l'impression que ces cent jours en enfer n’étaient que vingt-quatre heures étendus à l'extrême. Une période totalement uniforme, réglée comme du papier à musique, qui nous poursuivait puis disparaissait. Une période détruite une fois finie, qui ne recommencerait pas.

Le seul moment où j'avais eu l'impression d'un changement, c'était pour les trois derniers jours. Départ pour l'exercice final.

Khirgizistan, dernier jour du PEI

"Eh bien, mes petits poneys des steppes! On y est enfin arrivés au bout, de ce PEI. Je vous préviens, on repart dans quinze minutes. Une voiture nous ramènera jusqu'à l'aéroport.

-Euh, m'sieur? tenta une recrue timidement.

-Oui ma licorne des neiges?

-Et nos t-shirts?

-Vos t-shirts? Quels t-shirts?

-Nos t-shirts gris, insista la pauvre recrue qui semblait disparaître dans le sol.

-Vos t-shirts vont très bien. Ils sont bleu ciel. Je ne comprends pas.

-Mais... Nos t-shirts GRIS!

-Gris? Comme... Grigri? Enfin, voyons, mon shetland en sucre, vous n'avez plus besoin de ça à votre âge..."

Les petits poneys des steppes échangèrent un regard désemparé. Jusqu'au bout, ils allaient nous embêter. Ce n'était pas la première fois depuis le début de ce voyage. Déjà, il nous fallait trouver notre chemin grâce à des vieilles cartes et des ordres de mission rédigés en langue étrangère. Ensuite, il avait fallu marcher en permanence à un rythme très soutenu pour arriver à temps à nos objectifs. Entre deux campements, nous devions nous débrouiller par nos propres moyens, grâce aux cours de survie. La nuit précédant ce dernier jour, une fois arrivés à l'objectif, nous n'avions trouvé qu'un sac avec une nouvelle carte et un nouvel ordre de mission, ainsi qu'une lampe de poche. On avait dû marcher toute la nuit pour atteindre à temps l'étape finale. En montagne, c'était un exercice qui demandait d'être très prudent. Le trajet avait forcément été vérifié par les instructeurs, mais rien n'empêchait que l'un d'entre nous tombe à cause d'une bosse où d'un trou masqué par l'obscurité et ne se blesse.

Si les instructeurs ne voulaient même pas nous donner d'indices sur la manière de récupérer nos t-shirts... Et bien nous allions devoir les trouver nous-mêmes. Ils devaient être cachés quelque part dans le camp.

"Allez, allez! Ils ne vous reste plus que 12 minutes, mes beaux lapins blancs. Ne soyez pas en retard, ne vous éloignez pas trop et veillez à n'oublier aucune de vos affaires!"

Alors on se concerta. On s'installa à l'écart des instructeurs en groupes. Petite séance de brainstroming dans la start-up 100D-INHELL. Une des recrues sembla soudain illuminée par une idée que nous espérions tous géniale et indiqua qu'elle avait repéré des pelles dans le camp. Ce qui pouvait indiquer que nous devions creuser.

L'idée me parut peu probable. Je répliquais que le sol était tellement dur qu'il était impossible de déterrer quelque chose enfoui en profondeur. Même si nous étions en été, il faisait froid dans ces chaînes de montagnes. Les autres admirent de ceci, en éprouvant par eux-mêmes la dureté du sol. Comme personne ne savait quoi faire, je proposais que chaque binôme se mette à chercher. Les recherches seraient plus efficaces comme ça. Surtout que le "ne vous éloignez pas trop" de Tudor était certainement un indice. Ce serait bête de rester tous groupés au même endroit.

Pour organiser un peu les choses, je proposais qu'un binôme se charge de fouiller les endroits évidents, comme le campement, la voiture dans laquelle on devait repartir. Pendant ce temps là, les deux autres groupes partiraient chacun de leur côté pour essayer de trouver quelque chose, soit un indice, soit une idée, soit un t-shirt. Aïsha ajouta qu'il nous fallait un signe de reconnaissance pour se prévenir en cas de trouvaille. Miles Dave proposa un sifflement particulier. Enfin, nous décidâmes que le binôme de Miles Dave et Alexander Smith chercheraient dans les endroits évidents et qu'ils nous préviendraient si leurs recherches s'avéraient infructueuses.

On se mit aussitôt au travail. Avec Aïsha, nous allâmes vers le nord du camp, là où un sentier permettait de continuer le trajet entre les cimes montagneuses. Rien ne nous sautait aux yeux d'abord. Au bout d'un court moment, cependant nous remarquâmes un trou. On se mit à le fouiller. Malheureusement, il n'y avait absolument rien pour nous. J'eus ensuite l'idée d'aller fouiller une petite parcelle enneigée. En fait, c'était le seul endroit où on aurait pu enfouir des t-shirts. Et effacer les traces laissées par l'opération était tout à fait possible.

On courut chercher les pelles pour ratisser la petite plaque neigeuse. Et au bout d'un moment, on souleva quelque chose qui n'était rien d'autre que deux t-shirts soigneusement emballés. Envahis par une sorte d'euphorie, nous glissâmes le long de la plaque de neige comme si un snowboard était fixé à nos pieds avant de vérifier qu'il n'y avait rien d'autre. Certes heureux pour notre trouvaille, nous étions quand même inquiets par rapport aux autres. Aïsha siffla et on se rapprocha de Miles et Alexander.

Les deux garçons étaient en train de fouiller le campement. Ils s'étaient occupés de la voiture mais n'avaient rien trouvé. On les aida donc dans leurs recherches en leur expliquant ce qui s'était passé de notre côté. Rien à l'intérieur du campement non plus. Cependant, Alexander vit quelque chose d'étranger au niveau de la fenêtre imbriquée dans le toit. On pouvait apercevoir quelque chose, mais il était impossible de savoir quoi dans cette position. Il fallait monter sur le toit.

Problème, il n'y avait absolument aucune prise. On tourna autour de la maison un moment pour essayer de trouver une solution, tandis que j'essayais de me souvenir des nuits passer à cambrioler. L'escalade sur les maisons, c'était quelque chose que je connaissais. J'eus finalement une idée et je coinçais les deux pelles entre des poutres extérieures pour faire des prises. Il fallait faire une courte échelle pour atteindre la première prise, mais une fois faite, l'escalade ne poserait plus aucun problème. Étant le plus grand et le plus lourd, les autres garçons étant plus jeunes, je fus obligé d'aider Alexander, qui était le plus petit d'entre nous, à monter. Quelques secondes après, il ramena deux t-shirts.

Les deux filles du dernier binôme arrivèrent, pleine d'espoir grâce à nos deux signaux. Mais elles se décomposèrent quand elles virent également qu'en tout et pour tout, nous n'avions que quatre t-shirts. Et il ne restait que cinq minutes, tout au plus. Elles n'avaient absolument rien trouvé d'utile de leur côté. Nous avions ratissé tout notre secteur. On se mit tous à chercher aux endroits où nous n'avions pas été, mais en vain. Tudor s'installa dans la voiture. D'un seul coup, l'une des adolescentes, Ann, se précipita vers la voiture et ouvrit le capot. Rien. Le coffre. Rien. C'est alors que l'autre jeune fille du binôme, Elana, repéra quelque chose à notre droite avant d'aller ouvrir le réservoir à essence, faisant tomber deux t-shirts. Cachés derrière la base, un jerrican plein.

Nous étions maintenant des agents opérationnels. Et je me disais que ma vie à CHERUB ne faisait que commencer. A peine le PEI fini que je pensais déjà aux missions.

Italie, région d'Otranto

J'étais dans un coin assez minable, au milieu du talon aiguille de la botte. A quelques dizaines de kilomètres de la ville aux airs d'île paradisiaques d'Otranto, au bord de la mer, certes, mais dans un coin minable tout de même. Je n'avais passé qu'une nuit dans la ville italienne. Autant dire que je n'en avais quasiment rien vu. Mais quand même, on ne pouvait pas manquer la couleur bleu ciel de la mer transparente, la lumière qui inondait la ville. Et la chaleur de plomb. Forcément, cette description fait un peu photo de carte postale. Mais quand on arrive en plein mois d'août pour la première fois en Italie, ça fait quelque chose. C'était la première fois que je découvrais le sud de l'Europe.

C'était loin d'être ma première mission. Après le PEI, j'ai eu un certain nombre de missions sans importance. Des missions de casses. Pas de missions de recrutement, heureusement. J'imagine que je n'avais pas trop le dossier pour qu'on me confie immédiatement des missions intéressantes. Je ne demandais rien de spécialement important. Juste, quelque chose avec une approche de cible, une infiltration, des renseignements à récolter... Là, j'avais eu l'impression que rien n'avait changé. Je m'introduisais dans des maisons, sans grande discrétion, avec d'autres gris, pour voler des informations. Et parfois casser un peu. Je ne voyais pas bien la différence entre ça et ce que je faisais avant. A part que là, j'étais dans mon droit. Je ne risquais pas la prison, le centre pour jeunes délinquants. Mais les choses à faire étaient exactement les mêmes. Je vivais la même chose, mais d'un autre côté. La différence qui me marquait le plus en ces missions et les mois précédents mon entrée à CHERUB, c'était que je n'avais pas mon frère.

J'ai détesté les missions de casse. J'aimais tout à CHERUB. Les cours étaient beaucoup plus intéressants qu'avant, c'était beaucoup plus rapide, plus varié. Les autres aussi étaient sympas. Je m'étais entouré. Sauf ça. Je ne supportais plus ces missions. Je les faisais le plus sérieusement possible, le plus efficacement possible pour que ça ne dure pas très longtemps, en espérant que ces réussites me permettent d'obtenir d'autres missions. On ne peut pas toujours savoir pourquoi on pense ce que l'on pense. C'était mon cas avec ces missions. Je m'étais que ça devrait être pare que ça me rappelait l'absence de mon frère. Parce que j'avais l'impression de ne pas sortir de ce cycle de vols. L'impression de ne savoir et de ne pouvoir faire que ça. Je n'avais pas la sensation que ma situation était en train de s'améliorer grâce à CHERUB. J'avais compté sur les missions pour me raccrocher à quelque chose, à un but ou même à la sensation du devoir moral. Mais à ce moment-là, elles me perdaient.

Les choses n'ont heureusement pas tardé à changer. J'ai fini par avoir une mission pour débutant mais qui allait quand même me changer de la désagréable routine des missions de casse. Et après cette mission, faite avec un agent plus âgé et Miles, du PEI, tout a commencé à s'accélérer et j'obtins finalement des missions au risque élevé. Globalement, tout se passait bien dans ses missions. Un peu de stress, d'excitation, forcément, des difficultés à obtenir des informations, à un moment ou un autre. Mais finalement, je m'en sortais toujours correctement.

Ma première mission. Forcément, ça marque, les premières fois. On est maladroits, excités, avides de réussite. On ne sait pas trop bien où on tombe mais on sait que ça nous plait, qu'on veut le faire. Ça a quelque chose de touchant. Dans mon cas, rien d'extraordinaire, et j'étais bien accompagné. Par des partenaires que je connaissais et un contrôleur efficace. Il s'agissait de trouver des renseignements permettant mettre fin à des tensions locales liées à des petites bandes. La mission était en lien avec la police. En fait, on avait finalement réussi et on avait déterminé assez précisément que chacune de ces bandes était sous influences de plus grands groupes et cela avait mené à une nouvelle mission. Dont nous ne pouvions pas faire partie.

Ensuite les choses s'étaient accélérées. De plus en plus de missions, de plus en de missions dangereuses aussi, forcément.

Cette mission en Italie était assez spéciale. Le but n'était pas spécialement surprenant par rapport aux autres missions de CHERUB. L'idée était d'enquêter sur la route des Balkans, et précisément, sur l'accroissement rapide du transit d'héroïne et d'autres drogues par l'Italie. L'Italie était plutôt une voie marginale de la route des Balkans, même si elle était bien présente. Mais cette augmentation du trafic laissait penser à l'émergence d'un nouveau groupe de trafiquant, en marge des grandes mafias. Un groupe qui essayait de tailler sa place au soleil. Le travail sur le terrain d'un agent des services de renseignements italiens avait permis d'en savoir plus.

Mon but était d'infiltrer le trafic, car l'agent italien avait rendu compte de la participation de jeunes adolescents. Ensuite, il fallait que je trouve des informations sur les ambitions futures du groupe, sur le fonctionnement du trafic, en Italie mais également dans les pays précédant ce pays sur la route des Balkans, comme l'Albanie ou même la Grèce. Analyser le fonctionnement du groupe, trouver des preuves contre les chefs.

Pour cette mission, j'étais seul. Au départ, un autre agent parlant l'italien devait être avec moi, mais il s'était blessé lors d'un entraînement. Et il n'y avait pas d'autres agents parlant l'italien et suffisamment expérimenté sur le campus. J'étais presque sûr que ma mission serait annulée. Lorsque mon contrôleur m'avait prévenu de cette possibilité, je m'étais aussitôt mis à argumenter, pour montrer que j'étais capable de faire ça seul. Je pense que j'ai dû être suffisamment convainquant pour qu'elle soit de mon côté, et finalement, la mission eu lieu.

J'étais inscrit, pour des raisons de cohérence, la scolarité étant obligatoire jusqu'à seize ans (j'en avais quartorze), au lycée linguistique le plus proche de la petite ville assez pauvre où j'étais installé avec ma "tante", femme débordée par sa pauvreté et ses ennuis familiaux, divorcée et recueillant depuis quelques années son neveu, le fils de son frère, après la mort de ses parents. Pauvre femme qui avait bien des soucis avec cet adolescent sombre, turbulent et toujours là où il y avait des problèmes. On venait de s'installer dans cette ville, suite à des pertes financières forçant ma "tante" à quitter son appartement au loyer devenu trop cher. De mon côté, j'étais censé avoir obtenu mon passage en lycée de justesse, mais avec des résultats suffisants pour ne pas avoir de cours de rattrapage. J'avais donc cours de huit à treize heures, ce qui me laissait du temps pour mon approche du groupe. Même si je me suis fait exclu plusieurs fois au cours des sept mois que dura la mission.

Assez vite, je réussis à trouver des jeunes susceptibles de faire partie de la bande. En poursuivant mon approche, en étant ami avec eux et affichant un comportement de dur, attiré par le danger, j'espérais pouvoir me mêler activement au trafic. Et c'est ce qui se passa. J'eus assez vite une idée du fonctionnement du trafic à l'échelle locale mais je devais forcer les choses pour monter plus rapidement dans la hiérarchie. Et pour ça, on élabora avec ma contrôleuse une stratégie plutôt audacieuse. Car il fallait faire quelque chose pour me démarquer des autres jeunes, un peu considérés comme de la "chair à canon", des minuscules rouages interchangeables d'un plan désastreux.

Je me suis vraiment rapproché des cadres de la bande lors d'une bagarre totalement imprévue dans un bar, lieu de rendez-vous un peu cliché des narcotrafiquants. L'un des jeunes du groupe me cherchait des noises. Parce que j'avais rapidement pris de l'ascendant dans la petite hiérarchie de la bande des ados, dans l'optique d'être plus facilement remarqué. Et là, les leaders purent voir que je savais particulièrement bien me défendre et surtout, que je faisais flipper les gens.

Au fond, ce petit groupe me faisait penser au film Les Affranchis, un petit monde bigarré, apparemment sympa, dynamique, un monde d'opportunités et d'horizons sans cesse repoussés -même si c'est la nature même d'un horizon- un monde de rebelles, un monde cool. Mais quand il y a un problème, ils te plantent un couteau dans le dos. Il fallait tracer sa route jusqu'au sommet et s'y maintenir. Tuer psychologiquement ou littéralement ceux qui nous menacent. Sous peine de mourir -dans tous les sens possibles du terme- soi-même.

Quelques jours après la bagarre, j'eus des premières informations sur le fonctionnement international du trafic. J'étais avec des "cadres" du groupe parti pour récupérer des chargements qu'une mule en provenance d'Albanie transportait. Je finis par faire partie de l'entourage du véritable chef de bande, qui me gardait un peu pour lui. J'étais son joker, pour toutes les situations complexes. Forcément, à quatorze ans, j'étais insoupçonnable. Et personne ne savait exactement quelles étaient mes capacités. Et ce roi dont j'étais le fou était jeune. Moins de trente ans. Intelligent, dans un milieu de requin qui avait décidé de devenir le plus dangereux de tous ceux-là, quelques années auparavant. Ce qui était frappant chez cet homme, c'était sa colère. Toujours, il exhalait une colère froide, une colère retenue. Une colère, peut-être une haine, contre le système. Et je ne pouvais m'empêcher de ressentir un peu d'admiration, ou de l'attachement pour lui, malgré tous ceux qui se détruisaient seringue après seringue, en Angleterre, dans des quartiers que je connaissais, en France, en Allemagne, en Russie.

Finalement, au bout de ces sept mois, jalonnés de moments de grande violence, j'avais réuni des informations très précises sur tout le fonctionnement du trafic passant par le groupe, du départ en Albanie jusqu'à la transmission en France. Je connaissais des noms sur les narcotrafiquants qui s'occupaient du trafic dans chacun de ces pays, mais aussi ceux de certaines mules. J'obtins aussi des renseignements sur les autres groupes italiens, les tensions entre les groupes de criminels qui existaient dans ce pays. Une fois, nous avions été pris dans une sorte d'embuscade tendue par un groupe local d'une des grandes mafias. Personne n'était mort mais de chaque côté, il y avait des blessés. Je n'avais pas eu grand-chose, à part une arcade sourcilière fendue, celle où j'ai toujours une cicatrice et quelques hématomes. J'avais protégé celui dont j'étais le joker d'une attaque par-derrière. Et après ça, le nombre d'informations que je récoltais s'accrut encore. Il voulait me former. Des informations aussi sur les lieux de stockage. Et la mission s'arrêta, après de nombreuses arrestations et la mise en place de futures missions, dans lesquelles CHERUB ne prend pas encore part, dans d'autres lieux pour réguler le trafic de façon stratégique et limiter la reprise du trafic par d'autres groupes italiens. Je fus supposé mort en prison pour mineur dans une autre région d'Italie. En réalité, je rentrais en Angleterre et récupérais un t-shirt bleu-marine et d'une suspension de mission le temps de rattraper mon retard scolaire. Et aussi de quelques séances chez le psy du campus. La mission avait beau avoir été un franc succès, le trafic était loin d'être terminé. Le cœur du problème était en Afghanistan et personne ne pouvait agir là-bas pour tout stopper.

***

Depuis cette mission en Italie, je n'ai effectué que de opérations simples, opérations de casse en tant que chef d'équipe. Et maintenant, ces missions là ne me dérangent plus. Je sais pourquoi je suis à CHERUB.




Dernière édition par Aidan Shelby le Mar 13 Sep - 13:55, édité 12 fois
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MessageSujet: Re: Aidan Shelby   Mar 16 Aoû - 20:15

Hello!

Je me permets un double post: comme on peut le voir, je n'ai pas pu terminer ma présentation dans les délais, du coup je viens demander un peu de temps supplémentaire

Je suis en fait partie en vacances plus tôt que prévu sans mon ordinateur. Je peux continuer sur tablette mais je n'ai pas beaucoup de temps. Mais je suis toujours motivée Very Happy

Est-ce que ce serait possible?
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MessageSujet: Re: Aidan Shelby   Mar 16 Aoû - 20:57

Il n'y a pas de soucis, ne t'en fais pas, surtout que tu avances bien ~

Passe de bonnes vacances surtout
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MessageSujet: Re: Aidan Shelby   Ven 9 Sep - 13:52

Hello!

J'ai maintenant un problème avec cette présentation : je dépasserais la limite de caractères autorisée en un message What a Face Je ne peux donc plus éditer.

Est-ce que je peux donc refaire un sujet en faisant deux posts pour l'histoire?

Voilà, merci o/
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MessageSujet: Re: Aidan Shelby   Ven 9 Sep - 14:32

Plutôt que d'ouvrir un nouveau sujet, j'ai traficoté dans celui ci, pour que tu puisses tranquillement écrire la suite de l'histoire dans le deuxième poste.

Pense bien aussi à enlever dans le premier post quelques paragraphes de l'histoire pour pouvoir par la suite rajouté son caractère.

Je sens que je vais m'amuser moi à la validation ~

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MessageSujet: Re: Aidan Shelby   Mar 13 Sep - 14:19

Hello!

Merci pour le bidouillage Itô (:

Je pense donc avoir enfin fini ma présentation, je vous laisse voir s'il y a des choses à modifier Very Happy
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MessageSujet: Re: Aidan Shelby   Mar 13 Sep - 15:31

Et bien cela a été un vrai plaisir de lire cette fiche. Sans surprise donc, je te valide ~

La langue qu'Aidan aura apprise au PEI est l'espagnol ~


Félicitation, te voilà validé ! Quel bonheur, quel bonheur, tu es une si belle personne ! Et maintenant, tout le forum t'est ouvert, si c'est pas la classe ? Nous t'invitons tout particulièrement à aller faire ta demande de logement, histoire de ne pas dormir à la belle étoile, ainsi que ta fiche de relation, et ton dossier personnel, pour qu'on ne te perde pas de vue ! Alors, tu pourras enfin te lancer dans la grande aventure. Et si tu as besoin pour cela d'un petit coup de pouce, jette un œil aux demandes de rp. Enfin, n'oublie pas de compléter ton profil !


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Aidan Shelby

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